MARIE ROTKOPF


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EUROPA

De la morale allemande  

 

En 2007 l'écrivain Marie NDiaye est partie vivre à Berlin, la capitale de l'Allemagne. Nicolas Sarkozy est élu président de la République française et elle affirme dans la presse, reprenant une phrase de Marguerite Duras, que la droite c'est la mort. Elle quitte donc la France. De cette affaire, on a retenu une querelle commode et inutile sur la soi-disant liberté d’expression des artistes. Car personne n’a soulevé le vrai débat : où allait-elle ?

En Allemagne, le pays d'Angela Merkel, femme de droite, dont elle dira par la suite en 2009 : « Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus  » (1). Ces propos sont symptomatiques d’un grave malentendu culturel. Il s’agit d’une tentative (involontaire ?) de minimisation voire d’effacement de ce qu’est l'Allemagne, depuis des décennies bien plus conservatrice, néolibérale et martiale que la France.
Alors de quelle morale s’agit-il concernant Angela Merkel ? Marie NDiaye ne parlait pas la langue et elle habite Berlin. Les Allemands et les Français, à Berlin, se parlent beaucoup anglais. Ses enfants sont au Lycée Français. Peut-être que son foyer fiscal reste la France, et qu’elle a une carte européenne d’Assurance Maladie ? Car en définitive, au-delà de cette problématique de privilégiés que nous sommes, les Français connaissent bien mal ou bien peu, l’Allemagne.

L’objectif est ici de déconstruire une hypocrisie incompatible avec des valeurs humanistes et d’insister sur les différences allemandes, à commencer par l’urgence de prendre en compte la réalité d’une mentalité et d’une culture spécifiques, contre les amalgames.
Si les Allemands dominent l’Europe aujourd’hui, il faut être conscient que leur projet de société n’a rien à voir avec le projet social et humain, de progrès, d’une grande communauté européenne. Le protestantisme germanique, bien plus une politique qu’une religion, n’est pas une vision du monde communautaire au sens de collectif et de bien public. L’individualisme est la perspective, ainsi que la réussite personnelle et le capitalisme comme référence à la valeur exemplaire qu’est le travail. De même, l’importance du chez-soi, le fameux Heimat, prime sur une vision globale de la société.
Après la seconde Guerre mondiale, les Allemands n'ont pas été brimés par les Alliés et la Dénazification-fiction figurait dans les manuels scolaires à l'usage des nouvelles générations. On ne peut parler de revanche d'un peuple opprimé. Il faut aujourd'hui admettre, sans humour aucun, la volonté totale de domination culturelle, offensive sur les mentalités des autres populations, des Allemands.

 

Derrière Berlin

 

La capitale est protégée par l’anonymat et le tourisme, comme toute métropole, mais surtout, Berlin est composée de plusieurs ghettos assemblés les uns contre les autres et chaque quartier a sa fonction. On ne se mélange pas, sauf parfois dans des fêtes pour vacanciers ou artistes décontractés et cosmopolites – d’un même pôle. C’est de là pourtant que décide un gouvernement qui n’a de cesse de transformer la ville à son image, sur le mode des centres commerciaux à l’américaine ou à la mode prussienne.
Pour ne citer qu’un exemple éloquent, le futur château baroque Berliner Schloss – Humboldtforum dont le chantier remplace le Palast der Republik de l’ancienne RDA, détruit en 2008. Le Président allemand Joachim Gauck, ancien pasteur luthérien, a posé l’été dernier la première pierre, festivité suivie d’un concert de gong javanais. Le prince et la princesse von Preussen étaient fin 2013 invités à apprécier les nouvelles techniques d’édification d’un château reconstruit à l’identique de celui des princes du 15ème siècle. Parallèlement, le Humboldtforum devrait rendre hommage à la diversité des cultures du monde et une exposition itinérante sur le projet vient d’avoir lieu à Istanbul et Ankara, avec pour titre : "Quel château ! – Le Berliner Humboldtforum". Pourquoi l’Allemagne a-t-elle besoin de reconstruire son passé impérial ?
En réalité, il n’y a guère plus que les fêtes, les bars fumeurs et les marchés aux puces qui restent un cliché, vrai, de Berlin surfait. La vie dans la ville, hors districts comptant des populations pauvres et ou immigrées, est maintenant aussi chère qu’à Hambourg.

Les représentants des partis au pouvoir CDU-CSU sont moins bling-bling qu’une partie de ceux de la droite française mais leur efficience agit en profondeur. Ils sont austères et lourds comme la ville, moins en vogue comme disent les Allemands mais l’Europe est en marche, grâce à l’héritage moral et mental de la monarchie prussienne. L’importance du protestantisme imprègne un pays où il n’existe pas de séparation entre le christianisme  et l’Etat. Il faut payer pour «  quitter  » l’Eglise catholique ou protestante et ne plus s’acquitter de l’impôt obligatoire qui va avec.

Peut-être que Marie NDiaye insinuait également à travers la morale de la chancelière la bien-pensance allemande ? Il est pourtant intolérable qu’Angela Merkel se permette de décider si oui ou non et où il est décent d’organiser des commémorations du 8 mai 1945 comme elle l'a fait avec la Russie.

Qui s’offusque des plaisanteries anti-grecs qui étaient monnaie courante il y a un an, deux ans, sur les radios les plus écoutées comme NDR ? Qui parle sérieusement des unes populistes et méprisantes du Bild Zeitung, quotidien numéro un, tandis que beaucoup rient la France et son Front national, qui sert déjà à Wolfgang Schäuble afin de sermonner la France en train de devenir néo-fasciste ? Il n’y a pas de deuxième degré d’humour lorsque le journal en appelle au peuple allemand qui paie trop pour des populations européennes paresseuses et mafieuses ni de troisième quand le ministre des Finances nie l’équation austérité et montée des populismes nationalistes, alors que nous savons que le Front national n’entravera pas le fonctionnement du Parlement européen, au contraire.
La population allemande débourse, mais contrairement aux Français, ne s’en plaint pas. Elle approuve un système où l’employé paie plus de taxes que l’employeur, où les caisses d’assurance maladie privées ou dites d’Etat sont richissimes. Se demander ce qu’elles font de l’argent des assurés est une question désuète. Cotisations exorbitantes, médecine à double vitesse. Tout le système social réformé à l’américaine par les sociaux-démocrates et les Verts en 1998 et poursuivi par la Chancelière a le soutien de ses habitants, bercés par une presse populiste acharnée qui vante constamment les mérites de la Nation. Pourtant, c’est un pays qui s’appauvrit, ce qui est largement occulté. Le journal Der Spiegel et le DIW, Institut Allemand de recherche économique le titrent : dans toute la Zone Euro, c’est en Allemagne que l’écart entre les riches et les pauvres est le plus grand (2). C’est ici que le partage des biens est le plus inégalitaire, pas en Grèce, pas en Italie, pas encore en France.

Il existe des voix critiques qui questionnent le modèle économique allemand, le Sonderweg (chemin exceptionnel plutôt que voie spécifique), des oppositions, des détracteurs qui se manifestent.
De la tribune « Sauvons le peuple grec de ses sauveurs  » signalant la Grèce comme le laboratoire d’un changement social qui, dans un deuxième temps, se généraliserait à toute l’Europe aux analyses de l’économiste Bruno Amable qui a su en amont informer sur «  la ruse des gouvernants  » (3) ou les décryptages de Frédéric Lordon (4). Elles appellent à la vigilance : Il est urgent de mener la bataille des chiffres et la guerre des mots pour contrer la rhétorique ultralibérale de la peur et de la désinformation. Il est urgent de déconstruire les leçons de morale qui occultent le processus réel à l’œuvre dans la société (5). Néanmoins, il subsiste une peur de nommer les choses telles qu’elles sont lorsqu’on les vit de l’intérieur et qui ne sont pas qu’économiques : il n’y a pas un système, il y a des individus qui font fonctionner un système très loin d’être chaotique.

Comment penser que la croyance indéfectible en la valeur conservatrice germanique, au projet politique, culturel et religieux partagé par l’immense majorité des Allemands, leur mode de vie, puissent aussi s’appliquer au reste de l’Europe ? C’est pourtant ce que dicte désormais la morale Allemande et ce que les Français prennent à la légère.
Il n’y a pas de problème moral à s’enrichir sur le dos des autres, aucun à retourner les situations : Anton Börner, Président du BGA (Fédération nationale pour le commerce, les échanges extérieurs, les services) vient d’être très clair, il veut plus d’offensive allemande en Europe, surtout en France, un pays décadent mené par l’Etat et un système social rigide (6).

Il reprend à son compte la mascarade du vote Front national, analysant le résultat comme un ras-le-bol du peuple français après en avoir fait patiemment le lit et en en déformant les causes. Il est évident que le Parlement européen, avec Jean-Claude Juncker en tête, se servira avec méthode et tout en le déplorant, des voix populistes afin d’affirmer une direction unanimement conservatrice.

Le cercle se referme, autour des frontières européennes.

 

Nos pauvres vivent bien et ils ont du travail

 

Comme aux Etats-Unis et de plus en plus en France, les Allemands sont très nombreux à travailler à mi-temps, à accepter des situations précaires et ils sont passés maîtres dans l’art d’être Aufstocker : ils savent cumuler les forces de travail. Ils ont plusieurs Mini-Jobs ou un seul (pas plus de 450 Euro par mois) et peuvent toucher une aide de l’Etat, l’ALG II des réformes Hartz, du nom de l’ancien manager de Volkswagen appelé par les Verts et le SPD.

Ces personnes n’entrent pas dans les statistiques du chômage mais doivent envoyer tous les trois mois leurs relevés bancaires complets au Jobcenter. Le but est depuis longtemps d’exiger la transparence totale au sein des populations pauvres grandissantes et les forcer à signer l’Eingliederungsvereinbarung : accepter un travail proposé et rester incorporé dans la catégorie sociale que le système a bien voulu leur trouver. La soumission est exigée en échange d’une aide de l’Etat. Il n’est pas autorisé de posséder au-dessus d’un certain seuil et les biens personnels ne servent qu’à subsister. Les individus sont classés. Actuellement, le gouvernement allemand réfléchit à une loi qui permettrait d’empêcher aux Hartz IV Empfänger, aux assistés sociaux, de faire de l’argent avec internet, par exemple avec eBay. Bientôt, il faudra travailler pour 0 Euro de l’heure si l’on doit rester dans ce système équivalent au RSA.

Concernant l’entrée en vigueur du dispositif d’un salaire minimum en Allemagne dont les chômeurs de longue durée et les jeunes en formation sont exclus pendant les premiers six mois, il faut attendre fin 2016. Parallèlement, le projet SEPA  qui vise à construire l’Europe des paiements électroniques facilitera la standardisation de la surveillance des flux et le contrôle de la fraude et du blanchiment. Cette traçabilité financière a-t’elle été pensée pour surveiller les citoyens qui n’ont pas les moyens de se payer des comptes en Andorre, en Suisse ou autres paradis financiers et ou fiscaux ?  Pour savoir qui a le devoir de payer des impôts et qui peut s’en passer ? La vie de ceux qui ne produisent ou ne consomment pas assez au regard des stratégies de maximisation du profit, ne doit plus être préservée (5). En novembre 2013, François Hollande a rencontré Peter Hartz «  en secret  » à Paris.

Une disposition culturelle n’étant jamais anecdotique, il faut rappeler quelques réalités éclairantes. L’obligation de payer la redevance audiovisuelle, le Rundfunkbeitrag même si l’on ne veut pas de télévision.  Les aveugles et les sourds doivent s’acquitter de la moitié de la taxe tandis que les chômeurs peuvent continuer de regarder «  gratuitement  ». Le scandale de l’huile de palme étouffé par l’industrie biologique allemande car tout est d’abord une machine qui marche ou celui du ramassage des bouteilles consignées. L’Allemagne est la terre du green washing où les Mercedes et BMW filent à toute allure. Idem pour l’atome, mais les Allemands préfèrent construire leurs nouvelles centrales nucléaires au Brésil.

Néanmoins la caractéristique la plus marquante reste la définition de l’humour ou le goût de la polémique, bien souvent empêchés, qui continue de se transmettre. Les leaders allemands n’hésitent pourtant pas à afficher un dédain détaché concernant la chose sociale dont devraient s’inspirer les notables français. Ils adorent critiquer le système élitiste des Grandes Ecoles à la française (en Allemagne la séparation des élèves dans un système scolaire à trois voies selon leur fonction future se fait cependant dès 10 ans) et rappeler également que leurs pauvres vivent bien (7), et plus proprement que ceux des pays du Sud.

Car il y a une chose que la morale d’Angela Merkel a bien comprise :
Les Allemands descendent dans la rue pour deux causes : l’énergie atomique hors de leurs frontières et le football.
D’ailleurs les fonctionnaires allemands n’ont pas le droit de grève.

 

Une volonté de domination

 

Pour continuer sur la déontologie politique allemande, et repousser loin la schizophrénie, il faut reparler du complexe allemand, vivace et fondamental. Adolescente, j’apprends la Dénazification au Collège Louise Michel à Paris. J’ai compris dans la vie qu’elle n’avait pas eue lieu. On a fermé les yeux sur cette erreur radicale de ne pas avoir chassé les nazis de manière conséquente après la guerre. Aujourd’hui les médias allemands se moquent allégrement de l’Opération Dernière chance du Centre Simon-Wiesenthal et les jeunes Allemands sont indifférents, quand ils ne sont pas néonazis. Les manifestations pour le Souvenir ont lieu une fois par an, comme le Carnaval, mais motivées par des personnes âgées, et les communautés juives sont marquées du sceau du folklore pour pouvoir exister.
En 1990-91, je passe un an dans une petite ville de l’ouest de l’Allemagne et je vis comme les adolescents de mon âge : marquée par la Reeducation de l’Ouest qui appellent l’Est «la Zone». La Guerre Froide a depuis longtemps fait capoter toute dénazification et les anciens nazis, encartés ou non car c’était un privilège de l’être, à l’Ouest mais moins à l’Est -depuis 1991 sorte de ZUS de l’Allemagne, ont réintégré progressivement leurs postes, parfois sous d’autres noms - de familles, de fonctions, et sous l’œil bienveillant de Konrad Adenauer.
Les Allemands n’ont pas eu besoin de montrer leurs Persilschein, papier officiel neutralisant le passé et ils ont les mains propres. On peut dissimuler douze années de nazisme mais pas l’effacer. Les Allemands le savent et la stratégie doit être autre, quelques exemples pour l’Exemple, des initiatives privées et très peu publiques, du rabâchage télévisuel et du silence. Quand mon compagnon a voulu jeter l’exemplaire de Mein Kampf de son père car il était interdit d’en avoir en sa possession, c’est moi qui l’ait gardé. Mais personne n’était membre du NSDAP, un peu comme Ulysse avec le Cyclope, vous vous rappelez ? Il semblerait aussi que l’Allemagne a œuvré sans ses habitants. Personne ne parle des associations d’entraide d’anciens SS, SA ou autres, très actives dans la société d’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas l’école française ou allemande qui me l’a appris, mais leurs propres fils, ici, peu à peu, qui l’ont fait.
Ces fils qui pensent que c’est fini maintenant, que l’Allemagne peut bien participer davantage aux conflits armés dans le monde, comme le préconise Angela Merkel, puisque qu’elle est une puissance mondiale à ne pas négliger. Ce ne serait pas juste, à l’heure actuelle et après ce qu’elle a fait pour l’Europe.

Cet esprit est présent dans le discours de Joaquim Gauck lors de la commémoration du massacre d’Oradour-sur-Glane le 4 septembre 2013, il inquiète étrangement lorsqu’il remercie les Français de venir au-devant des Allemands.
«Je voudrais tous vous remercier au nom des Allemands de venir au-devant de nous avec cette volonté de réconciliation. Je ne l'oublierai jamais.» Les Allemands devraient venir au-devant des autres populations lorsqu’il s’agit de la seconde Guerre mondiale. «Si je regarde dans les yeux ceux qui portent l'empreinte de ce crime, je partage votre amertume par rapport au fait que des assassins n'ont pas eu à rendre de comptes ; votre amertume est la mienne, je l'emporte avec moi en Allemagne et je ne resterai pas muet. Aujourd'hui, l'Allemagne est un pays qui veut construire l'Europe, mais ne veut pas la dominer

Ils n’ont pas (eu) de compte à rendre. Ils attendent qu’ils meurent. Et ne parlent pas.
La dernière phrase du Président Allemand est alarmante, car quand on ne domine pas, on n’a pas besoin de justifier qu’on ne veut pas dominer. L’Allemagne, dans sa générosité et sa droiture veut construire l’Europe. On assiste depuis quelques années à une opération de communication sur la réhabilitation de la puissance allemande, pour ceux qui en auraient douté, principalement à travers deux angles d’attaque : le droit de dire enfin qu’on est fier de son pays et le nivellement habile et constant de certains faits historiques.
Les Allemands (aussi) ont souffert (des bombardements alliés). Bien sûr certains le disent plus subtilement qu’un Werner Herzog quand il parle de son amour pour sa patrie, devant les paysages de sa Bavière natale et admirée, marchant entre les sapins. Ce qui est formidable, c’est que les urbanistes pendant la Seconde guerre mondiale souhaitaient les bombardements alliés, la destruction des quartiers populaires de Dresden et autres grandes villes.
Dans un texte pour le magazine d’art contemporain Frog, j’écrivais sur les regards des jeunes artistes institutionnels en Allemagne que l’on imagine volontiers apolitiques (8). Au contraire, la plupart réhabilitent l’idée de la grande identité allemande. Cela peut s’étendre à « l’intelligentsia ». Le dernier film en date dans les cercles artistiques à démontrer cette obsession nationale, Finsterworld (2013) de Frauke Finsterwalder (elle vit en Afrique de l’Est et à Florence avec son mari suisse Christian Kracht) montre le paradoxe et l’invraisemblance d’un retour à l’innocence voulu par Allemands. L’année dernière, le film en trois parties sur la chaîne ZDF Unsere Mütter, unsere Väter (Nos mères, nos pères) a fait sensation dans la presse et dans les familles. Il est regardé comme étant « la dernière chance de raconter la Seconde Guerre mondiale entre trois générations ». La guerre est terrible. Nie wieder Krieg. Mais le nazi, le vrai, l’homme cruel, ne s’exile pas en Argentine comme dans Amen de Costa Gavras. Il se fait tuer ou il se suicide. Il n’est plus de ce monde, tout va bien. Plus ancien et confidentiel, intellectuel et révélateur, W. G. Sebald, dans Luftkrieg und Literatur (Littérature et guerre aérienne) de 1997 exprime toute cette tentation allemande de la guerre et de la destruction, qui oscille toujours et encore entre triomphe et attirance-répulsion. Mais aujourd’hui, la plupart des Allemands sont tout simplement satisfaits de leurs technologies militaires et civiles, inséparables. Une autre Allemagne, nous a dit Joaquim Gauck à Oradour.

Populaire et très majoritaire, le communisme et le nazisme se valent au bout du compte pour beaucoup de publicistes et journalistes. La chaîne de télévision Arte parle de Konrad Adenauer comme d’un résistant passif. Guido Knopp, homme de l’audiovisuel et spécialiste du fascisme, a élevé la deuxième et troisième génération et donné le ton pour les suivantes. Auteur, producteur de documentaires historiques récréatifs mêlant archives et scènes jouées, il a inventé le concept d’histotainment. Son principe est de faire pleurer et de créer l’identification du spectateur à des « héros » en focalisant sur les destins personnels. Il relativise : on lui reproche son apolitisme. Guido Knopp n’a jamais parlé du «  génocide par balles  » et des groupes mobiles d’intervention dans ses séries documentaires. Il a co-crée l’Association Unsere Geschichte. Das Gedächtnis der Nation e.V. (Notre Histoire. La  Mémoire de la Nation) (9) dont le parrain est le Président allemand et financée par des sponsors illustres. Le déclic pour les fondateurs a été la Fondation de la Shoah et la documentation sur les témoignages des survivants de l’Holocauste. Les contributions des habitants sont recueillies par un bus qui voyage dans toute l’Allemagne et via You Tube.  Les simplificateurs avancent dans la lumière. Apolitique, extrême degré de cynisme  ? Cette mise en équivalence participe à une stratégie de retournement qui s’appuie sur le désir de revanche, d’être à égalité avec la souffrance des enfants, des hommes et des femmes qui ont été exterminés par les Allemands. La « Mémoire d’une Nation » est une opération de blanchiment historique et toute recherche nationaliste, aussi trendy ou berlinoise qu’elle soit, est empoisonnée.
Das Unheimliche pour reprendre le mot de Freud est encore ce centre, la Bundesstiftung Flucht, Vertreibung, Versöhnung (Fondation fédérale Fuite, expulsion, réconciliation) qui doit voir le jour à Berlin, lorsqu’ils seront tous morts. L’objectif du musée et de la bibliothèque est «  d’œuvrer pour la réconciliation et la compréhension  », de réfléchir et de se souvenir des politiques d’expulsion et de déportation des populations, d’abord allemandes (10), liées aux grands conflits du siècle dernier. Des focus sur les destins personnels et notamment la question Was ist Heimat? (interrogation sur le concept de patrie) en est le parti-pris. En attendant, des vieux inquiets préviennent : c’est pour la Réconciliation des Allemands avec eux-mêmes. A noter que l’Eglise protestante et catholique désigne des membres du Conseil de fondation bien qu’elles aient joué un rôle néfaste dans les conflits du 20ème siècle, et que des représentants des Roms ne sont pas invités.
De très nombreuses expériences quotidiennes et symptomatiques corroborent cette volonté de domination allemande qui va bien au-delà du concept déjà déroutant de la Wiedergutmachung (la réparation en refaisant le bien dans un esprit de réconciliation) et ne s’exprime pas dans un changement ou une rupture mais bien dans une continuation. C’est cet angle de vue qui est défendu par les pouvoirs publics.
Dans le supplément bilingue du Zeit Magazin en partenariat avec M, le magazine du Monde de novembre 2013, Harald Martenstein descend les français dans son éditorial comme personne en France n’oserait le faire, ce qui serait louable si l’on occultait sa propagande nationaliste. «  L’Allemagne d’aujourd’hui reflète les idées des Allemands francophiles (pratiquement tous les Allemands) sur la France, un pays assez libertin, avec une bureaucratie permissive et désorientée, des hiérarchies que personne n’accepte, un quotidien souvent chaotique, des chansonniers et des communistes, beaucoup de vin rouge partout. Chez nous, tout le monde parle français. La France, par contre, est devenue comme l’ancienne Allemagne  : plus traditionnelle, plus rigide, fière d’elle-même et rapidement fâchée, tout est réglementé, et personne ne parle la langue des voisins. ». Rédacteur au Tagesspiegel, il habite probablement à Berlin, à Kreuzberg la belle et rebelle ou à Friedrichshain, galerie d’art en plein air.
Pourtant l’immense majorité des Allemands a définitivement oublié que l'Armée Rouge a libéré Auschwitz.

Dans le même journal figure un entretien avec Beate et Serge Klarsfeld où l’intervieweur lui demande si elle a souvent eu très peur dans sa vie. Elle répond : «  Je n’ai jamais vraiment eu peur pour ma vie. Pendant l’occupation nazie, les résistants se faisaient décapiter. Comparé à cette situation, quel drame aurait pu m’arriver ?  » Sachant qu’elle était en Allemagne pendant la Guerre, on ne comprend pas de quels résistants ni de quelle occupation elle veut parler. Dans la version allemande elle parle de Widerständler in der Nazizeit, Nazizeit a donc été traduit par l’occupation nazie au lieu du temps du nazisme. Dans ce contexte précis avec les Klarsfeld, la stratégie de communication de l’atténuation a un goût amer. Le temps du nazisme en Allemagne n’a jamais été une occupation nazie de la population. Le travail de Guido Knopp et les thèses d’historiens de Joachim C. Fest décrivent les dirigeants nazis comme des psychopathes sous-entendant que les Allemands ont été séduits ou enlevés comme des Sabines. Est-ce que la recherche de la vérité est entre les deux, entre Norman Finkelstein et Daniel Goldhagen? Ian Kershaw, Hannah Arendt et Norbert Frei sont également incontournables (11). Mais vivre en Allemagne aujourd’hui montre combien les gens, oui, les gens, ont adhéré à cette vision du monde et combien elle était là, à chaque coin de rue, en fonction, prête à ressurgir, clinique comme ses habitants.

Que ce soit le faux débat sur Heidegger et à ce titre il faut relire le texte de Jean-Pierre Faye sur le nazisme des intellectuels (12), qu’il s’agisse des livres de Thilo Sarrazin comme Deutschland schafft sich ab (13) ou celui tout récent de l’ami turc Akif Pirinçci, Deutschland von Sinnen (14), la nouvelle droite n’en finit pas d’être nouvelle, tantôt clairement réactionnaire, tantôt maquillée sobrement, presque conceptuelle…
Il y a une Allemagne-Nation re-dressée par la chancelière. Les Allemands en sont fiers et ils sont très nationalistes. Il faut se demander si cette condescendance n’a pas toujours été là, et si nous n’avons pas mal compris. Il faut ressortir les ouvrages d’Edmond Vermeil, notamment Les Alliés et la Rééducation des Allemands datant de 1947. Rien de ce que préconisait ce spécialiste de l’Allemagne à la fin de son rapport n’a été mis en œuvre. Ni la dénazification -ou dégermanisation-, ni l’allègement de la tutelle confessionnelle dans la société, ni l’évitement d’  «une industrialisation excessive, provoquant à nouveau le déséquilibre entre l’Allemagne et la périphérie européenne». Ce qui n’a pas changé, c’est la formidable habilitation de la population à l’obéissance qu’il avait déjà souligné.
Bientôt, ils seront tous morts. Un jour pas si lointain, on entendra qu’il faut savoir oublier. Cela n’a rien à voir avec l’importance de la recherche historique qui doit être inlassablement menée : sera taxé de marginal celui qui refuse de comprendre, pour reprendre les mots de Claude Lanzmann.

Il n’y a pas une autre Allemagne. Il y a une autre époque et nous sommes les produits de nos parents.

 

L’Union Européenne, un programme américain dirigé par l’Allemagne ou l’inverse 

 

Les Allemands refont la guerre, avec la fierté d’une grande nation, qui veut avoir son mot à dire et utiliser enfin sa puissance militaire sans avoir à baisser la tête car l’Allemagne est la troisième puissance mondiale en production d’armement, la troisième puissance mondiale en terme d’importation et exportation d’armement (15), et numéro un des ventes de sous-marins en Occident, ceux qui interviennent pour aspirer les informations contenues dans les câbles à fibres optiques, par exemple. Il est  toujours intéressant de savoir quel pays achète des armes, c’est aussi intéressant de savoir qui les fabrique. Il est insupportable que l’Armée Allemande soit une armée d’intervention et non plus de défense, et ce depuis la Coalition rouge-verte (les Verts et le SPD) de 1998 et les Guerres de Yougoslavie. 70 ans après, on donne sa bénédiction à une machine de guerre, mais 70 ans, c’est la vie d’un homme, c’était hier.

Lorsqu’Angela Merkel s'offusque de la mise sur écoute de son portable par la NSA, et que la presse vante l'activisme des hackers berlinois, c'est pour dissimuler les actions d'Africom où sont coordonnés depuis Stuttgart les drones des guerres américaines pour la liberté (16). « Sans l’Allemagne l’ensemble du projet de guerre des drones américains ne serait pas possible. » affirme l’ancien pilote Brandon Bryant dans le journal Suddeutsche Zeitung (17). On parle peu de ces croisades communes. Le modèle allemand  est le modèle américain. On le remarque une fois encore avec la crise ukrainienne actuelle, dont la campagne ne sert que l’obtention du pouvoir mondial et du monopole de l’énergie. Exactement là se situe la politique de Barack Obama et d’Angela Merkel, avec au centre l’offensive de l’information.
Il faut revoir le film hollywoodien La vie des Autres (2006) de Florian Henckel von Donnersmarck sur la Stasi en RDA. Si les Allemands sont experts en rapprochements douteux, pourquoi les Européens sont-ils tellement indifférents aux méthodes totalitaires de la CIA et de la NSA, sans parler du prochain Traité transatlantique ?

Sur la guerre économique, on sait beaucoup, par exemple qu’après les Etats-Unis, c’est l’Union Européenne qui possède la plus grande puissance militaire au monde. On oublie la guerre culturelle, dont l’arme psychologique est la communication et plus Angela Merkel est arrogante, plus cela passe inaperçu.
A Athènes, lors de sa conférence de presse du 11 avril dernier, elle se félicite du bon chemin emprunté par la Grèce et réaffirme que « cela valait la peine de faire ces réformes ces dernières années ». Elle exprime clairement comment elle souhaite exploiter le pays dans les prochaines années, grâce aux secteurs du tourisme, de l'agriculture ou des services : « Je suis consciente qu'il y a de nombreuses opportunités de développement dans ce pays ». 
Alors, Antonis Samaras remercie « le peuple allemand pour sa solidarité » et convient qu'il faut « achever les réformes et poursuivre les efforts » (18). Un jour, la France la remerciera aussi, peut-être, de bien vouloir détruire pour construire et de bien vouloir avoir l’amabilité de rester encore un peu sous la tonnelle fraîche du Sud.

 

KKK (Kinder, Küche, Kirche, les enfants, la cuisine et l’église)

 

Les filles de l’Allemagne, ce sont les mères.
Femme chancelière protestante sans enfants, ministre de la défense mère de sept enfants, parfaite couverture pour une femme qui réorganise une Allemagne militariste, nous savons combien l'exception confirme la règle. Dans la langue allemande, il y a très peu d'exceptions. La règle, les femmes ne font guère d’enfants.

A des postes clés, il y a deux femmes ingénieurs à Airbus Hambourg. J’ai eu la chance de travailler avec l’une d’entre elles, numéro deux après le Head of Engineering. Son bureau est tapissé des dessins de princesses de ses enfants. Cette femme qui se bat pour la reconnaissance de son intelligence doit se justifier constamment. Elle a la carrière et les enfants.
J’avais cru que l’Allemagne était un pays ouvert à une certaine forme de féminisme, d’abord parce que généralement, il est très paisible pour une femme de se promener dans les rues. J’avais confondu Deutsche Innerlichkeit qui prône la sphère privée (la maison, par extension Heimat), Recht und Ordnung qui garantit l’ordre des choses et ses normes, importance de l’esprit Biedermeier et respect des femmes.
Puis j’avais confondu hippies germaniques tendance Lebensreform et recherche d’égalité.
Heureusement, l’expérience de la maternité à la fois en France et en Allemagne avertit. Les protecteurs d’une Nature allemande se sont avérés essentialistes et protofascistes, tels des gourous ésotériques ou anthroposophiques. On peut choisir de sous-estimer la réalité ou considérer ces choix culturels comme des détails. On apprend aux femmes qu’il est normal de souffrir lors d’un accouchement et que c’est mieux pour l’enfant. On force psychologiquement les mères à allaiter. Dans une famille aisée, il est impensable de mettre son bébé à la crèche avant qu’il ne sache marcher. La mère doit s’occuper de son enfant jusqu’à ses trois ans. Quelques heures de garde par semaine, le matin, est bien vu pour que la femme puisse s’occuper d’elle. Si les deux parents sont obligés de travailler avec un enfant en bas âge, ce sont des pauvres. Pour eux il existe des crèches ouvertes tard dans l’après-midi.

Le partage conservateur des rôles est voulu par la plupart des couples allemands, bien plus encore que dans les années 1990. Ce n’est pas Angela Merkel qui voudra le contraire : l’Allemagne est une puissance d’hommes spécialistes tandis que leurs femmes s’adonnent au foyer (19). On peut les comprendre, la différence de salaire entre femmes et hommes s’élève à 23 %, le taux le pire dans toute l’Europe après l’Estonie (20). Au niveau mondial dans les pays industrialisés, il y a aux Emirats Arabes Unis plus de femmes à de hauts postes qu’en l’Allemagne, qui est en dernière position.

La question des femmes est immense en Allemagne. Mais pas de temps à perdre avec un débat passionné sur les problématiques de genre. La «  théorie  » du genre a été définitivement enterrée avec la mise en examen d’Alice Schwarzer pour détournement d’impôts. C’est bleu pour les garçons, rose pour les filles et neutre pour les hermaphrodites.

 

Qui a peur d’Angela Merkel et des Allemands à ce point ?

 

Lors du Référendum sur le Traité de Maastricht en 1992 il existait une volonté forte de construire une Europe sociale et également la crainte du «  spectre  » de la Grande Allemagne. En 2014, le ravissement de l'Europe par l'Allemagne est entériné et sa mise au pas en marche. Les Allemands sont fiers de dominer l’Europe et ils se fichent de l’utilisation de la pauvreté de leurs voisins. Il ne s’agit pas que d’austérité, c’est un projet culturel profond.
Le modèle allemand, ce n’est pas seulement devoir traverser la rue uniquement quand les feux l’autorisent, alors qu’il n’y a pas de voiture à l’horizon. C’est toute une population qui a intégré un réflexe sécuritaire et s’y sent bien, où chacun à sa place, prévue, délimitée et référencée. Où l’écart n’en a pas.
Il est saisissant que l’on n’ose parler sérieusement de mentalités culturelles parce que Marie NDiaye avait raison : il existe une morale allemande et elle refuse les différences possibles.

J’aimais l’Allemagne avant de la connaître. Par besoin de calme. Par idéalisme et naïveté. En 2006, je suis allée vivre en Allemagne, j'ai fait une fille avec un Allemand de souche et nous l'avons prénommée Europa. Je voulais mélanger notre sang, dans un pays où il est inscrit aux codes de la Staatbürgerschaft, qui n’accepte fondamentalement pas la double nationalité aux Non-Européens.

Il n'est pas trop tard pour prendre au sérieux une nation où un eurasien, un noir, un arabe ne peut pas se promener seul où et quand il veut dans les rues de Leipzig sans respecter les no-go-areas. Des citoyens blancs Allemands partent car ils n’en peuvent plus de vivre au sein d’une mafia néo-nazie établie.
Les démons de l’Allemagne actuelle sont peu relatés dans la presse, sous prétexte que le NPD (parti d’extrême droite) a fait 1% dernièrement, qu’Arte existe et qu’un monument à la mémoire des victimes du nazisme est construit à Berlin.
En 2013, Philipp Rösler, l’enfant adopté de l’Allemagne et ex-ministre de l’Economie, clame :  « L’Allemagne, c’est le pays le plus cool du monde ».
Pourquoi les Européens se laissent-ils hypnotiser par le miroir déformant tendu par un gouvernement et un pays à qui le crime profite encore ?

Aurore ou crépuscule européen, ne nous indignons plus, agissons contre les nationalismes, pour l’égalité sociale et contre les confusions de voyageurs. Faisons un peu d’Abbau : il faut arrêter de tolérer l’arrogance allemande.
A l’exception peut-être de l’humoriste Dieudonné M'bala M'bala, il faut conseiller l’installation en Allemagne aux français qui prônent le Bien-fondé du travail, famille, patrie. Ils seront encore accueillis à bras ouverts et considérés comme des étrangers à part et charmants, les Allemands cultivés apprennent toujours le français, cela sert autour d’un verre de vin et les référendums populaires ne sont pas à l’ordre du jour.
Comme dit Etienne Balibar poliment, il y aura pour longtemps une « question allemande » en Europe (21). Car la réalité est là, le fond de la morale, il manque à l'Allemagne ce que Marie NDiaye ne peut trouver, même à Berlin, pas même du « métissage tronqué », à savoir le métissage tout court.  

 

À Airbus Defence & Space, Hambourg,

 

© Marie Rotkopf, 2013-2014  

 

(1) « Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : «La droite, c’est la mort».
Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus ». Marie NDiaye in Les Inrockuptibles, 18 août 2009
(2) http://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/vermoegen-in-deutschland-ungleicher-verteilt-als-im-rest-der-eurozone-a-955701.html
(3) http://www.jourdan.ens.fr/~amable/03-13.pdf / http://jourdan.ens.fr/~amable/01-12.pdf
(4) http://blog.mondediplo.net/2013-06-18-De-la-domination-allemande-ce-qu-elle-est-et-ce
(5) http://www.liberation.fr/monde/2012/02/21/sauvons-le-peuple-grec-de-ses-sauveurs_797442
(6) http://www.welt.de/wirtschaft/article129293891/Wir-Deutschen-muessen-uns-einmischen.html
(7) http://www.monde-diplomatique.fr/2013/09/CYRAN/49632
(8) In 60 Jahre, 60 Werke, p.91, Frog n°9
(9) http://www.gedaechtnis-der-nation.de/informieren/verein 
(10) http://www.sfvv.de/de/stiftung
(11) Eckart Conze, Norbert Frei, Peter Hayes, Moshe Zimmermann: Das Amt und die Vergangenheit. Deutsche Diplomaten im Dritten Reich und in der Bundesrepublik, Karl Blessing Verlag, München 2010
(12) Jean-Pierre Faye, Carl Schmitt, Jünger, Heidegger : le nazisme des intellectuels in Le Monde, 4 août 2013
(13) En français : Thilo Sarrazin, L'Allemagne disparaît, Editions Toucan, 2013
(14) Akif Pirinçci, Deutschland von Sinnen, Manuscriptum Verlagsbuchhandlung, Waltrop und Leipzig, 2014
(15) http://www.sipri.org/yearbook/2013/04
(16) http://www.geheimerkrieg.de/#entry-5-6820-die-karte-so-navigieren-sie
(17) http://www.sueddeutsche.de/politik/us-militaerflughafen-in-deutschland-ramstein-ist-zentrum-im-us-drohnenkrieg-1.1928810  
(18) http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/04/12/angela-merkel-donne-un-satisfecit-a-une-grece convalescente_4400265_4350146.html/http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/04/08/deux-memorandums-et-quatre-ans-de-crise-ont-change-le-visage-de-la-grece_4397513_3234.html
(19) http://www.spiegel.de/karriere/berufsleben/studie-rollenverstaendnis-heute-konservativer-als-in-den-neunzigern-a-935522.html
(20) http://ec.europa.eu/justice/gender-equality/files/gender_pay_gap/140319_gpg_fr.pdf
(21) Cf. Etienne Balibar, Un nouvel élan, mais pour quelle Europe ?, Le Monde Diplomatique, mars 2014

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Et puisqu'Etienne Balibar a retourné sa veste, hypnotisé par l'Opération Flüchtlingskrise de Angela Merkel,
il faut lire d'urgence:

https://wolfgangstreeck.com/2016/12/05/lallemagne-et-leurope/

2017

 

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Witches of Worpswede

Nachdem Paula Modersohn-Becker 1911 von Otto Modersohn verlassen wurde, aufgrund der Schwierigkeiten bei der gemeinsamen Erziehung ihrer Tochter Mathilde, an der eine totale Taubheit festgestellt wurde (was uns spontan stark an das Unglück des Malers Martin Kippenberger denken lässt), zog sie sich nach Bremen zurück und wurde die Liebhaberin von Ludwig Roselius. Der Unterstützer Adolf Hitlers war anfangs Unternehmer im Kolonialwaren-Großhandel, und hatte dann großen Einfluss auf die Weltwirtschaft, besonders mit der Flugzeugfirma Focke-Wulf. Die Geschichte erinnert sich daran, dass er Paula Becker die absolute Freiheit liess, damit sie ab Mai 1943 das berühmte Clubhaus im Pariser Bois de Boulogne leitete, das für die SS-Kommandanten ein besonderer Ort war. Sie hatte den Pariser Club ausgestattet, da Paula Becker eigentlich auch Malerin war, obwohl sie heute vergessen ist. 1945 wurde sie nur kurz inhaftiert, dank der Vorbereitung des kalten Krieges und des westlichen Austauschs ehemaliger Nazis zwischen den USA und Europa, und konnte schon 1947 mit ihrer Tochter nach Bremen und dann nach Worpswede zurückkehren. Sie wurde nie verurteilt und starb 1965 in Worpswede.

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2017

 

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